Les épreuves de la vie

Afin d’expliquer comment, par quel biais je vais aborder la question des épreuves, je dois d’abord vous dire d’où m’est venu l’envie ou peut être plus exactement le besoin de prendre un temps pour réfléchir et tenter de cerner ce qui me touche dans cette histoire.
Car mes réflexions viennent de mon expérience professionnelle de formatrice J’encadrais des groupes de jeunes en recherche d’orientation professionnelle et en cela je devais aider chaque jeune à trouver un sens à sa vie professionnelle et pas seulement de l’aider à trouver un travail ou une formation qualifiante.
Une année, j’avais eu un groupe d’une quinzaine de jeunes et pas un (ou presque) qui n’avait pas eu à souffrir je dirais «d’ un événement difficile» important : inceste, mort violente d’une soeur etc… Et je me suis demandé : mais moi quel est mon rôle ? qu’est ce que je peux faire c’est à dire qu’est ce que je peux mettre en place et quelles sont mes limites, et puis je me suis demandé par la suite : qu’est ce qui fait que certains vont « s’en sortir » et pas d’autres ? Pourquoi certains vont rester, se figer dans une attitude de victime et pas d’autres. De qui, de quoi est ce que cela dépend ? de moi ? de la personne concernée ?d’un événement extérieur ? et quelle est l’importance de ce que j’ai appelé plus haut des « événements difficiles » dans la vie d’une personne ? Est ce que c’est ça et qui détermine une vie, si oui comment ?

Dans l’ordre du psychique, une même cause peut-elle produire des effets différents ? Une même souffrance peut-elle être vécue, puis finalement être « intégrée » différemment selon les personnes et pourquoi et comment ?
Cette question est, je m’en suis rendu compte par la suite, celle de la résilience. La résilience est une notion apparue assez récemment en psychologie et dont le nom est tiré d’une analogie avec la métallurgie. Boris Cyrulnik, psy et éthologue la définit ainsi : » Dans la métallurgie, la résilience désigne l’aptitude d’un corps physique à reprendre sa structure malgré les pressions du milieu. La résilience (…) désigne la manière de reprendre son développement après un traumatisme ». Le traumatisme dont il est ici question a été tellement fort qu’il en a tué psychiquement la personne (ex d’un inceste) et la résilience ça va être la capacité de cette personne à renaître, notamment grâce à un acte créateur qu’elle va parvenir à « fabriquer » sur le souvenir même de ce qui la agressé.
B. Cyrulnik parle même de falsification créatrice. Le processus de résilience serait, en effet, possible dès lors que la personne parvient à construire, plutôt que retrouver sur le souvenir de l’événement traumatisant un petit quelque chose, un détail qui va lui permettre de ce dire : « celui qui m’a agressé n’est pas totalement un monstre, donc je peux avoir foi dans la nature humaine ». Cet espoir d’humanité lui permet de reprendre confiance en lui ».

Ces traumatismes extrêmes qui débouchent heureusement pour certains sur cette forme de renaissance sont pour moi une facette de la question des épreuves, une facette de la résolution des épreuves entendues ici comme quelque chose qui produit de la souffrance.

Mais, est-ce que les épreuves c’est la même chose que la souffrance. Est-ce que ces deux mots sont synonymes ?
« Epreuve, n f, d’abord (vers 1175) esprove, déverbal de éprouver, a dès ses premiers emplois le sens général d’ »action d’éprouver (qqch. ou qqn 😉 ». Spécialement le mot équivaut à « souffrance, malheur », d’où l’épreuve, l’ « adversité », d’emploi littéraire. » (Dictionnaire historique de la langue française, c’est pour changer un peu du Petit Robert…). Donc, apparemment oui, mais le verbe éprouver renvoie d’abord a un processus de vérification ! L’épreuve est ce qui permet de juger de la valeur d’une idée, d’une personne ; c’est ce qui permet de juger qqn, mais aussi de lui conférer une dignité, de la classer d’où l’emploi des expressions : épreuves initiatiques, mais aussi et d’une manière plus profane, épreuves sportives ou scolaires !

On pourrait donc dire que l’on a deux grandes approches de la notion d’épreuves : la première toute passive : je subis des épreuves, la deuxième plus « active », plus « affirmée » : je passe des épreuves.
Dans la première, la personne subit et se considère comme une victime.
Mais que subit-elle ? Quelles sont ces types d’épreuves ?
Eh bien, il peut s’agir de pertes matérielles, ou encore de la perte d’un être cher. Il peut s’agir parfois aussi d’événements qui semblent, vus de l’extérieur tout à fait anodins. Je vais donner un exemple. Or, au cours d’une session de formation en sophrologie où nous devions rejouer une scène significative de notre passé, j’ai compris que la souffrance pouvait être réelle quelque soit la réalité ou la « gravité » de l’événement.
L’exemple est celui-ci. Une femme rejoue une scène de son enfance qui la beaucoup fait souffrir et qui lui fait encore mal. Un soir, alors qu’elle dîne, enfant avec ses parents, le chien gratte à la porte. Le père excédé se lève, ouvre la porte donne un grand coup de pied au chien et vient se rassoir à table. Voilà, c’est tout. Ca ne semble rien et pourtant…Peut-être penserez-vous : « cette femme ne devait pas avoir subi de « vraies » épreuves pour ne se souvenir que de ce petit incident » Peut-être…

Mais alors qu’est-ce que ça veut dire ? Que la souffrance ressentie ne peut être jugée, jaugée à l’aune d’une échelle normative ? Peut-être aussi que quelque soient les événements qui se passent dans une vie, cette vie, notre vie, nous la vivons toujours d’une manière douloureuse, en tout cas partiellement.

B. Cyrulnik, encore lui, dit que la majorité des gens n’est pas heureuse parce qu ‘elle n’a pas appris à être heureuse. Le bonheur, ça se construit, notamment dans et grâce à l’imaginaire. Mais pour le construire, il faut, d’une certaine manière le vouloir et j’ajouterai que pour le vouloir, il faut savoir qu’il est possible ET légitime. Mais je reviendrai sur la question du bonheur plus loin.
Si je subis une épreuve, je peux me sentir victime, dire que je subis une injustice. Et nous connaissons toutes une multitude de gens qui se plaint à tord ou à raison de subir des injustices. Dans son travail : on ne reconnaît pas mes compétences, dans sa vie privée : il ou elle ne me rend pas assez bien mon amour, en vacances : j’avais payé très cher pour des vacances de rêves pourtant bien méritées et il n’a pas cessé de pleuvoir ! J’ai payé pendant 25 ans le droit d’avoir un toit à moi et la tempête a tout dévasté, je n’ai plus rien ; je suis encore jeune, j’ai envie de vivre, pourquoi moi ? un assassin m’a tué mon enfant…

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