les épreuves de la vie (suite et fin)

Le monde est injuste, le monde est cruel. Le monde se fiche de mes bonnes actions, de mes mérites et même de mon innocence. Le monde se fiche de moi, tout simplement.

Alors, quel est le sens de ma vie, de La vie ? Alors, à quoi bon ? Alors, ça peut être le désespoir, ou la résignation.
Mais ça peut être aussi la colère et le combat : combat politique, syndical, ou pour aider les consommateurs de tel ou tel produit… Bref, j’essaye d’agir sur le monde, je me sens responsable, en tout cas je ne veux pas me laisser faire par tous ces voleurs, ces arnaqueurs qui ne pensent qu’à nous prendre nos biens…

On ne peut pas nier que les hommes entre eux sont souvent injustes, et qu’agir contre l’injustice peut être tout à fait légitime et même absolument nécessaire. Oui, mais est-ce suffisant ? Ou plutôt, la lutte contre ce que je conçois comme étant une injustice est-elle la seule perspective de vie ? La seule manière de justifier ma vie ? (notez bien que ce combat contre les injustices peut très bien n’être fait que de paroles, de cris, de contestations outrées, sans qu’on est à faire là avec de véritables engagements constructifs). L’injustice peut bien sûr être quelque chose de réel, quelque chose qui se passe dans le monde réel, mais ça peut aussi n’être qu’un sentiment parfois peu rationnel.
Ce qui fait que vouloir combattre ou crier après les causes d’une injustice ça peut aussi dériver sur : célafotetà : la faute à ma mère (qui m’a pas assez aimé) ; la faute aux patrons (qui sont rien que des exploiteurs) ; la fautes aux étrangers (qui viennent, comme chacun sait, mangé le pain des Français). Et là, vous en conviendrez sans doute, le risque encouru devient moins celui de laisser un fait injuste « impuni » que de laisser croître la haine.

Comment faire pour que mon frère ne devienne pas mon ennemi ou pour que je parvienne à traiter mon ennemi comme mon frère ?
Peut-être s’agit-il seulement de changer son regard…

Il y a trois possibilités d’agir lorsque l’on rencontre un obstacle. Et une épreuve peut bien être considérée comme se qui fait obstacle à mes désirs.

– ou bien, je peux agir directement sur l’obstacle . Par exemple (ex très simpliste) un objet me gène le passage. Donc je peux enlever l’objet et je continue mon chemin.
– Ou bien, je ne peux pas agir directement sur l’objet, mais je peux le contourner. Je le contourne et après avoir dévié un premier temps ma route, je peux reprendre mon chemin.
– Ou bien, je ne peux ni agir sur l’obstacle ni le contourner. C as bien plus embêtant, plus stressant, bien plus angoissant, bien plus éprouvant. Que faire ?

Je peux à nouveau me sentir victime, pleurer sur mon sort, crier à l’injustice ou chercher qui combattre. Mais je peux aussi faire une pause et peut-être changer mon regard sur cette situation. Qu’est-ce que ça me fait que cet obstacle soit là et que je ne puisse l’éviter ni l’ignorer ni le détruire ? Qu’est-ce que ça m’empêche réellement de faire ? qu’est-ce que ça peut m’apprendre de mon impatience, de ma manière de supporter la frustration ? Est-ce que ça ne peut pas me donner l’occasion d’inventer une solution vraiment nouvelle ? Est-ce que ça ne peut pas me donner l’occasion d’essayer d’oser une autre route ?

Et c’est là que l’on arrive à la deuxième approche des épreuves, celle plus « active », plus inventive dont je parlais plus tôt.
Je ne suis plus dans une attente douloureuse où je me sens totalement impuissante ou dans une colère permanente, mais où de toute manière tout dépend du monde, de l’extérieur. J’accepte de me sentir responsable de ce que je vis ou du moins de ce que je peux faire de ce que je vis. Car la liberté, ma liberté est peut-être moins dans ce que je peux faire ou non que dans comment je veux voir le monde. Ma liberté vient du regard que je porte sur le monde et sur ce qui m’arrive.
Et je rejoins là, bien sûr, beaucoup d’enseignements spirituels. Ne parle-t-on pas d’illumination, de samadhi, comme disent les bouddhistes, de conversion (conversion du coeur par conversion du regard, manière soudaine d’entre voir, de sentir différemment). Comme si à ce moment là, je pouvais changer de paradigme. Ce n’est plus ma vie vue par le petit bout de mon égoïsme, de mes peurs, de mes avarices…mais ma vie vue d’ailleurs. D’où ? D’en haut ? Mais de combien de mètres, d’un airbus A 310 ? d’un satellite ? Je plaisante. Mais sans doute vue d’ailleurs que de ma vie de métro-boulot-dodo, de ma vie du nez-dans-le-guidon.

Mais pour en arriver là, sans doute faut-il être aidé, soutenu. Passer des épreuves c’est rechercher à passer un cap, passer à autre chose, une autre manière d’être, chercher un autre possible, une autre alliance avec le monde.

Ainsi, premier paradoxe, les épreuves loin de nier le sens de la vie, lui donne au contraire un sens, car elles permettent un apprentissage ; apprentissage qui n’est pas bien sûr à confondre avec un savoir théorique, livresque, mais apprentissage qui veut dire enseignement de l’âme (je ne sais pas comment dire autrement), qui veut dire expérimentation (et éprouver c’est expérimenter, c’est connaître par une expérience personnelle, XIIème sc.). Ainsi, peut-on considérer que Job a bien eu de la chance ! si on en croit Annick de Souzenelle ou Jean-Yves Leloup, l’histoire de Job est moins celle d’une épouvantable injustice que de la réalisation réussie in fine d’un homme par et grâce à l’épreuve. Ce qui semble (et est sans aucun doute vu du monde « extérieur » une terrible injustice) peut devenir une merveilleuse possibilité de grandir et de réaliser sa véritable dimension d’Homme et pas seulement d’animal humain.

Les épreuves nous font donc souffrir afin de nous faire grandir. Mais gare à celui qui se complairait pour autant dans la souffrance.
Car, deuxième paradoxe, l’ultime bénéfice que l’on peut tirer des épreuves, c’est le bonheur, c’est accepter d’être Heureux. Et réussir l’épreuve qu’est la vie elle-même, c’est l’accepter telle qu’elle est. Et l’accepter dans la Joie, c’est accepter d’être heureux. Accepter de reconnaître la beauté du monde, beauté grandiose, mais aussi magnificence des petites choses, de sa banalité, banalité qui se trouve alors transfigurée par mon regard et mon coeur.

Un koan zen nous dit quelque chose comme :
« au début, les montagnes sont des montagnes,
au milieu, les montagnes ne sont plus des montagnes
à la fin les montagnes sont des montagnes. »

Pour moi, ceci signifie que la plus grande épreuve est celle du changement de mon regard, c’est celle qui me permettra de saisir qu’accepter le monde tel qu’il est et le transfigurer parle regard, par le coeur, c’est la même chose.

Arnaud Desjardin dans L’audace de vivre nous dit que deux thèmes traversent toutes les traditions spirituelles d’Orient et d’Occident : la vigilance et la soumission.
D’abord attention vigilante de l’esprit, afin de ne plus laisser notre esprit s’éparpiller. Elle se travaille par des exercices de concentration que ce soit par des paroles (prières, mantras), des gestes (rituels), des visualisations, l’observation silencieuse. Car pour pouvoir se soumettre, il faut d’abord avoir pacifier son esprit.

La soumission maintenant. Elle ne doit pas être entendue comme une voie passive, celle qui conduit à la frustration de celui qui se sentant impuissant se vit, encore une fois comme une victime, et qui fait semblant d’accepter mais qui en lui même bout de colère. L’acceptation dont il s’agit ici est bien sûr voulue, accueillie, reconnue ; car l’acceptation c’est l’accueil. Accueil du monde tel qu’il est, avec ces joies et ces malheurs.
Mais comment y parvenir ? peut-être d’abord, comme on l’a vu plus haut, en acceptant de se poser des questions, accepter de se remettre en cause, accepter l’épreuve de l’incertitude comme source de possibles insoupçonnés, d’accepter de se sentir responsable de la manière de concevoir, de ressentir et du sens même qu’on donne à sa vie.
Peut-être pouvons-nous aussi être aidé par la méditation comme ouverture contemplative du coeur qui ne demande rien mais cherche seulement à accueillir le monde.

Enfin, j’ai dit que l’ultime bénéfice que nous fait gagner les épreuves c’est d’être heureux en acceptant la vie telle qu’elle est. Car rien n’est plus important que de se battre pour un monde plus juste et plus fraternel et en même tant rien n’est plus important que de rechercher la Joie dans le monde tel qu’il est sans chercher à le changer pour simplement réponde à nos désirs. Car, s’il faut lutter pour améliorer le monde qui est à l’extérieur de nous, il ne faut pas oublier d’essayer d’améliorer le monde qui est à l’intérieur de nous et celui-ci ne doit jamais se laisser aveugler par la volonté de puissance qu’il y a à vouloir faire changer les autres plutôt que nous mêmes.

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